Les îles Scilly,
un archipel de contrastes

Connaissez-vous les îles Scilly ? Situé au large des Cornouailles britanniques, à l’extrême sud-ouest de la Grande-Bretagne, cet archipel d’une splendeur saisissante est fascinant à bien des égards. Qu’on y accède par la mer ou par les airs, la magie opère immanquablement. La nuance du bleu se décline en fonction de la lumière et de l’heure de la journée : marine, azur, turquoise, translucide… Terre de contraste qui vit au rythme de la nature, chacun de ses charmants îlots possède son propre caractère. Nous avons choisi de vous les présenter sous 4 angles complètement différents, chacun étant un meilleur argument que le précédent pour justifier l’intérêt de se rendre très prochainement dans ce paradis fragile et préservé.
Les îles Scilly, un microclimat unique
Avec 140 îlots et récifs recensés, les îles Scilly ressemblent à des éclats de diamants scintillant dans l’océan. Ce n’est pas pour rien qu’elles ont été reconnues Zone de beauté naturelle exceptionnelle en 1975, classification rebaptisée par la suite Paysage national. Leur singularité est indéniable, d’une magnificence déconcertante. Baignées par l’Atlantique, la faune et la flore sont uniques et très différentes de ce à quoi l’on pourrait s’attendre dans cette partie du globe.
Les températures extraordinairement douces grâce aux courants du Gulf Stream venus du golfe du Mexique, favorisent une flore luxuriante et plutôt paradoxale sous les latitudes britanniques. De nombreuses espèces botaniques ont pu s’épanouir sous les meilleurs auspices et les fleurs des Scilly, notamment les narcisses et les jonquilles ont été exportés par millions. Bien que cette activité soit moins intense qu’autrefois, elle reste un gage de qualité et un symbole de l’archipel.
Terres ancestrales balayées par le vent et les vagues, elles ont été sculptées au cours des 10 000 dernières années par l’érosion et la montée du niveau de la mer engloutissant les implantations préhistoriques et faisant disparaître des parcelles entières dont seules les limites subsistent. Aujourd’hui, les mouvements des marées perpétuent le façonnage de chaque île et une symphonie de couleurs se joue au gré des éléments : le gris ou le rose des piliers de granit, le violet et le jaune des landes, la lumière verte émise à travers le bruissement des ormes…

Un haut lieu de la faune et de la flore particulièrement veillé
Plages, dunes, landes, falaises, étangs ou eaux marines forment un sanctuaire pour la vie sauvage et contribuent à la biodiversité. Les troupeaux de phoques gris de l’Atlantique qui se reposent sur les rochers de l’île constituent l’une des populations reproductrices les plus importantes d’Europe. Elles sont facilement observables, tout comme les dauphins et les marsouins depuis les ferries. Les îles Scilly sont également un véritable paradis pour les ornithologues qui viennent encore plus nombreux à l’automne étudier les oiseaux marins et migrateurs. Puffins des Baléares, sternes, fous de Bassan… et en s’aventurant dans les terres, il est possible pour un promeneur attentif d’apercevoir une espèce unique, la musaraigne de Scilly. Les conditions sont particulièrement idéales pour l’épanouissement des ormes qui y prospèrent et des abeilles de Scilly qui ont évolué ici et qu’on ne trouve nulle part ailleurs que sur les îles. La nuit quant à elle est propice à la découverte des chauves-souris et à l’observation des étoiles.
Le fonctionnement des îles et la vitalité communautaire sont indissociables, et ce depuis des siècles. Aussi, nombreux sont les intervenants qui veillent à préserver ces paysages exceptionnels, dont les emblématiques champs de fleurs créés au XIXe siècle et les sites archéologiques. Bienveillants et impliqués, tous jouent un rôle protecteur : agriculteurs, administrateurs environnementaux, archéologues, mais également, la Isles of Scilly Wildlife Trust, association caritative indépendante, qui grâce aux subventions et dons volontaires, assure la gestion et l’entretien de presque la moitié des îles, soit quelque 700 hectares de terre. Dans un souci permanent de respect de leur singularité, notamment de la faune indigène, leurs 10 employés surveillent et préservent oiseaux marins, phoques, chauve-souris ou encore oiseaux rares. On recense à ce jour environ 85 kilomètres de sentiers sécurisés et plus de 170 monuments classés protégés en tant que partie intégrante du patrimoine archéologique local. D’ailleurs, les îles comptent par hectare le plus grand nombre de monuments classés que n’importe quel autre endroit de Grande-Bretagne.
Le fleuron de cette diversité végétale est sans conteste l’Abbey Garden de l’île de Tresco. Ce jardin subtropical à la renommée mondiale est tout à fait remarquable et est l’une des incontournables étapes pour découvrir les rivages celtes. Créé par Augustus Smith au XIXe siècle autour des ruines de l’abbaye bénédictine, puis développé par sa descendance, il abrite plus de 20 000 espèces végétales originaires du monde entier, du Brésil à l’Afrique du Sud, de la Nouvelle-Zélande à la Birmanie. Tout au long de l’année, de magnifiques spécimens fleurissent offrant de sublimes contrastes de couleurs : le rouge intense des flamboyants, le bleu des echiums, le fuchsia des pelargoniums. Même si la côte britannique est toute proche, c’est bien ici que l’on peut admirer des palmiers géants, des fougères luxuriantes ou encore des rhododendrons éclatants.
L’authenticité des îles Scilly et les difficultés de la vie insulaire
Y vivre c’est aussi adopter un mode de vie distinct. Le rythme est plus lent, dicté par les marées et les saisons. Pas de feux de circulation, quelques rares véhicules, un taux de criminalité quasi nul, contribuent à une atmosphère de sécurité et de quiétude. Les habitants concentrés sur les 5 principales îles (St Mary’s, St Martin’s, St Agnes, Bryher et Tresco) sont très soudés les uns aux autres. En cas de problème, c’est toute une communauté qui se mobilise. Dans les pubs, on se retrouve pour boire un verre, bien sûr, mais aussi pour renforcer les liens sociaux, partager ou prendre des nouvelles. Quant aux enfants, ils grandissent dans un environnement privilégié, faisant des plages et de l’océan leurs terrains de jeu et d’apprentissage
Cependant, malgré cette image idyllique, les insulaires doivent relever des défis. Le coût de la vie est bien plus élevé que sur le continent. La dépendance aux liaisons maritimes et aériennes est cruciale. Le ferry qui relie Penzance à St Mary’s est la ligne de vie de l’archipel, qui permet le transport des passagers et l’acheminement de marchandises. Les petits avions sont indispensables en hiver ou par mauvais temps. L’économie fonctionne beaucoup grâce au tourisme, même si les infrastructures sur place sont limitées. Elle s’appuie aussi sur la pêche notamment des crabes et des homards, ainsi que sur l’agriculture centrée sur les fleurs et quelques produits locaux.
Difficile dans ces conditions de ne pas être tenté de quitter ce paradis pour trouver un emploi et un logement abordable. Le départ des jeunes générations accélère le déclin démographique et le vieillissement de la population. Le changement climatique est également un sujet de préoccupation. Le niveau des eaux monte, l’érosion menace les infrastructures vétustes et les coûts de stratégie d’adaptation sont loin d’être anodins.

Envisager un avenir durable par un tourisme responsable
La conciliation entre le maintien d’une activité insulaire authentique, la préservation de l’environnement fragile et le développement touristique est un exercice d’équilibre constant, mais vital, car le tourisme est la principale ressource de l’économie locale. Nombre de visiteurs sont attirés par le calme et la beauté à l’état pur de ces petits bouts de terre.
Chaque semaine, des centaines d’excursions sont organisées et les bateliers qui maîtrisent parfaitement la navigation d’île en île proposent des escapades à la journée ou demi-journée, permettant d’observer la biodiversité, de débarquer pendant quelques heures sur une île inhabitée ou encore d’embarquer pour une soirée pub ou restaurant. Ils partent généralement de Hugh Town, le port animé de l’île de St Mary’s. Avec un littoral qui s’étend sur 15 km, c’est la plus grande des 5 îles peuplées des Scilly avec 1800 insulaires. Rivages magnifiques, sentiers côtiers, boutiques… elle possède même un petit aéroport. On la découvre à pied, à vélo et pourquoi pas en voiturette de golf.
Les naturalistes sont fascinés par Tresco et son Abbey garden subtropical tout à fait remarquable. À voir également, le musée Valhalla qui se situe dans le jardin et qui abrite les figures de proue d’une trentaine de navires naufragés, dont la plupart date du milieu et de la fin du XIXe siècle. Cette île, la 2e plus grande des Scilly, est dotée de plages de sable blanc immaculées, notamment Pentle Bay et Appletree Bay qui invitent au farniente. Parmi les autres activités, une balade à vélo se révèle fort sympathique pour explorer les coins cachés de l’île.
À St Martin’s également, les plages sont absolument idylliques. Quoi de plus tentant qu’une session de snorkelling à travers les eaux turquoise ou encore une promenade pour rejoindre le phare ou visiter un vignoble ?
Bryher est différente, mais tout autant surprenante. C’est la plus accidentée, la plus sauvage aussi. Exposée aux tempêtes, la nature y est plus brute et les contrastes saisissants. Elle compte environ moins de 200 habitants. En hiver, ne manquez pas le spectacle du déferlement des rouleaux de l’Atlantique sur Hell Bay. Tout simplement magnifique !
La superficie de St Agnès ne dépasse pas les 1,5 km2. Un tombolo la relie à Gugh son îlot voisin accessible à marée basse. Isolée, escarpée, elle dissimule des spécimens rares ainsi que la plus grande colonie de goélands marins de l’archipel.
Vous l’aurez compris, bien plus qu’un chapelet d’îles, les Scilly personnifient la beauté naturelle, une histoire riche et une population chaleureuse. Leur avenir dépend de leur capacité à conciliercet environnement fragile et un tourisme durable que tous s’emploient à préserver. Parfois, les coins les plus reculés du monde abritent des trésors inestimables. Il est de notre devoir de voyageur averti de prendre soin de ces petits paradis pour qu’ils puissent continuer à offrir ces moments magiques de découverte et d’exploration aux générations futures.



