Le Grand Musée Égyptien

Le parallèle est plutôt intéressant à faire entre son nom, le Grand Musée Égyptien et son acronyme, GEM. Car telle une pierre précieuse exposée au cœur du plateau de Gizeh, ce titan de la culture abrite des trésors inestimables et s’annonce comme le plus grand musée archéologique du monde.
Attendu depuis des décennies, aboutissement d’une vision audacieuse et d’investissements faramineux, ce colosse dont l’inauguration officielle se rapproche à grands pas devrait révolutionner la scène mondiale en devenant une destination culturelle incontournable. Retraçons son cheminement de la pensée à la concrétisation en nous plongeant pour notre plus grand plaisir dans l’univers fascinant de l’ère pharaonique.
Le Grand Musée Égyptien, un rêve de plus de 20 ans
Remontons au début des années 90 pour comprendre la genèse de ce projet aux dimensions démesurées. À cette période, les infrastructures culturelles égyptiennes commencent sérieusement à vieillir. Le musée égyptien du Caire abrite des trésors uniques, certes, mais doit faire face à une vétusté et un manque de sécurité et d’espace criants, rendant les conditions de conservation difficiles. De plus, le tourisme qui représente l’une des principales sources de revenus du pays est en constante augmentation. Si l’Égypte veut continuer à accueillir ses visiteurs comme il se doit, elle doit prendre des mesures sérieuses et concrètes..
Cette prise de conscience débouche sur un constat sans appel : il est temps de moderniser pour préserver ce patrimoine archéologique à la richesse incommensurable. Répondre aux standards internationaux les plus élevés, offrir une présentation digne des splendeurs de l’Égypte antique… le défi s’annonce titanesque, mais la nécessité d’un nouveau musée s’impose comme une évidence.
Dès les premières réflexions, le site adéquat semble tout désigné : un terrain de 47 hectares à proximité immédiate des Pyramides, l’endroit parfait pour implanter un décor ultramoderne dans un environnement plusieurs fois millénaire. L’Égypte veut voir grand, très grand ! Les ambitions pour ce projet ne se limitent pas à sa seule vue panoramique sur l’une des 7 merveilles du monde, mais à intégrer à la vision globale un complexe culturel qui serait sans nul doute un attrait majeur pour des millions de visiteurs annuels et une référence dans le monde entier.
Pour réunir au même endroit le passé et le présent, et établir un lien indéfectible entre un musée novateur et des vestiges hors norme, un concours international est lancé placé sous le patronage de l’UNESCO. 1557 propositions venant de 83 pays sont déposées. Parmi les nombreux architectes de renom qui y participent, c’est finalement le cabinet Heneghan Peng Architects qui remporte en 2003 la conception architecturale du Grand Musée Égyptien, bien que n’ayant que 3 employés à l’époque. Le jury aurait été séduit par son projet audacieux et contemporain aux lignes épurées et modernes.

Des dimensions pharaoniques
Échelonnée sur plus de 15 ans, sa construction aux investissements colossaux (évaluée à plus de 1,2 milliard de dollars et aux ¾ financée par des prêts japonais à faible taux d’intérêt) a dû faire face à de nombreuses difficultés financières, politiques ou encore techniques. C’est donc avec un retard de 8 ans par rapport à la date d’inauguration initialement prévue pour 2017 que son ouverture totale aura lieu, présageant un tournant dans le paysage muséal international.
Depuis l’ouverture partielle en octobre 2024, ceux qui ont eu la chance de s’y rendre sont restés bouche bée devant sa beauté époustouflante et son atmosphère troublante. Dès l’extérieur, l’immensité du bâtiment principal interpelle (167 m de large, pour 45 de haut) avec son design si particulier et sa façade aux motifs inspirés des formes géométriques des pyramides. Sa couleur sable a été savamment choisie pour se fondre dans le paysage désertique environnant et le visiteur se sent bien petit face à cette bâtisse démesurée de plus de 133 000 m², soit quasiment le double de la superficie des galeries du Louvre. Tout autour du musée, 20 hectares de jardins dans lesquels ont été plantées 168 espèces végétales indigènes offrent des espaces extérieurs des plus agréables.
Dans l’atrium situé au cœur de l’édifice où la hauteur sous plafond frôle les 40 m, une statue colossale du conquérant Ramsès II accueille les touristes. Ce chef-d’œuvre de 80 tonnes pour 11 mètres de long a nécessité un soin tout particulier ou plutôt une véritable prouesse lors de son transfert depuis Le Caire en 2018. Posté à l’entrée du Grand Musée Égyptien, il donne le la sur la richesse des collections exposées entre ses murs.
Face à lui, un monumental escalier de 6 étages occupant une surface de 6 000 m². En gravissant les marches, le visiteur passe devant 87 énormes artefacts représentant une période allant de l’Ancien Empire à l’époque gréco-romaine. Lorsqu’il arrive tout en haut, il se retrouve côté ouest face à une magnifique baie vitrée de 800 m² qui offre une vue panoramique sur les Pyramides situées à moins de 3 km. Un moment de magie suspendu entre le passé et le présent !
Sur les différents niveaux du bâtiment principal sont répartis des espaces d’expositions à la fois vastes et modulables, des centres de recherche, des zones éducatives et des ateliers de restauration et de conservation. Tout a été pensé pour rendre l’expérience unique en prévoyant à l’intention des visiteurs l’implantation de nombreux restaurants, de boutiques et d’un centre de conférences.

Ce qui vous attend au GEM
Bien plus qu’un musée, le GEM ne souhaite pas être perçu comme un musée archéologique présentant une seule civilisation. Il se veut porteur de promesses : celle de devenir un pôle d’attraction touristique de premier plan, bien sûr, mais surtout de révolutionner la compréhension de l’Égypte antique ainsi qu’un centre de recherche dernier cri. L’expérience débutera à la période prédynastique jusqu’à l’époque gréco-romaine. Sur les 18 000 m² des galeries permanentes, 50 000 objets seront exposés dont nombreux étaient jusqu’alors inconnus du public.
Pour atteindre ses objectifs et mettre l’accent sur le contexte historique et culturel des artefacts, le parcours muséographique intégrera des technologies révolutionnaires des plus avancées, des espaces interactifs, des reconstructions 3D, des vidéos et panneaux explicatifs multilingues pour que l’expérience soit immersive et éducative. Lors de l’achat de vos billets d’entrée, différents forfaits vous seront proposés, de l’entrée dite standard à la visite guidée en petit groupe conduite par un guide égyptologue expert, en passant par l’expérience premium incluant un audioguide disponible en 13 langues. Des espaces réservés ont même été conçus pour les plus jeunes des visiteurs, afin de les sensibiliser à l’importance du patrimoine ainsi que des parcours spécialement adaptés aux familles.
Parmi les pépites qui vous attendent, la galerie consacrée au trésor de Toutankhamon sera très certainement le clou de la visite. Elle expose en un seul lieu la totalité des 5398 objets découverts dans sa tombe. Ce trésor retrouvé intact par le Britannique Howard Carter en 1922 dans la vallée des Rois a marqué à jamais l’histoire de l’archéologie : 6 chars de guerre, des sarcophages, des lits et des chaises cérémoniels, des bijoux, statues, vêtements…
Face à cette collection originale hébergée de façon permanente au GEM, le visiteur prendra conscience de l’incroyable savoir-faire des artisans de l’époque et en apprendra plus sur les croyances religieuses de la société égyptienne. La pièce maîtresse sera sans aucun doute le masque funéraire du pharaon avec ses 10 kilos d’or massif et ses magnifiques rangs de pierres semi-précieuses. Un véritable chef-d’œuvre qui fera sensation auprès des touristes venus du monde entier pour l’admirer !
Autre artefact exceptionnel qui a rejoint le Grand Musée Égyptien en 2021, la barque solaire du pharaon Khéops. Vieille de 4 600 ans, longue de 43 mètres et pesant 20 tonnes, c’est le plus grand et le plus ancien vestige conservé dans sa totalité. Son déménagement en une seule pièce a nécessité plus de 48 h et un protocole extrêmement précis pour éviter le moindre heurt.
Ce que vous ne verrez pas en tant que simple visiteur, c’est le centre de recherche de premier plan en égyptologie et en conservation du patrimoine que le Grand Musée Égyptien ambitionne de devenir. Avec 12 laboratoires ultramodernes équipés de technologie de pointe, tout a été pensé pour que les chercheurs du monde entier puissent étudier, analyser, restaurer dans les meilleures conditions possibles des artefacts allant du plus délicat des papyrus à la plus massive des sculptures.
Rendez-vous le 3 juillet
Depuis le mois d’octobre dernier, un accès partiel a été autorisé. Le musée a ouvert une douzaine de salles d’exposition, un café et ses jardins. Cette avant-première fait office de test pour envisager l’exploitation le plus efficacement possible, car 4 000 visiteurs par jour devraient pousser les portes du musée pour à terme atteindre les 13 000 en simultané. Rappelons tout de même le chiffre record de 15,3 millions de touristes en 2024 en Égypte, chiffre qui devrait certainement augmenter encore grâce à l’impact économique et touristique du GEM.
Ahmed Ghoneim, directeur du Grand Musée Égyptien, assure que l’inauguration sera entièrement organisée par l’Égypte et ne ressemblera à aucune autre. De nombreuses personnalités mondiales sont attendues pour l’événement qui devrait se tenir sur plusieurs jours. Un quart de siècle s’est écoulé depuis les prémices du projet enfin concrétisé. Véritable fierté nationale, la découverte de ce nouveau joyau culturel permettra au rêve pharaonique de devenir réalité. L’excitation est à son comble aussi bien du côté des organisateurs que des passionnés. Il ne vous reste qu’à réserver votre voyage pour faire partie de l’aventure.


