Flash Culturel de vos Conférenciers :
Oksana Garin, Le Commandant Jean Marie Homet, Cédric Cabanne et Christian Furia






Les Iles Grecques • Au Coeur de l’Egée
Les îles grecques sont dispersées sur une telle étendue que chacune possède sa propre histoire, faite de quelques grandes dates souvent liées à des évènements étrangers, et de longues périodes de silence, faute de recherches et de témoignages.
Leur histoire est d’autant plus difficile à écrire que les paysages ont changé, avec des côtes qui s’enfoncent ou qui émergent, et des cataclysmes (séismes, éruptions) qui les bouleversent régulièrement.
C’est dans le tourbillon de l’Histoire Egéenne que Plein Cap vous convie, lors de sa croisière à bord du Berlin du 15 au 24 Octobre 2014.

 





 

La Femme en Majesté

 

Les Cyclades - Scènes de ménage à l’Olympe
HERA vient d’apprendre que ZEUS a séduit LETO et que celle ci va donner naissance prochainement non pas à un enfant mais deux! Furieuse elle ordonne à la Terre de n’offrir aucun refuge à la future mère.
La Terre promet. Mais POSEIDON, ravi de jouer un mauvais tour à l’épouse de ZEUS, fait surgir de la mer l’île de DELOS. Là, LETO pourra mettre au monde ses enfants, APOLLON et ARTEMIS, en toute discrétion et quiétude. Autour de cette île solaire les Cyclades vont former un berceau protecteur : parmi elles Syros, Amorgos, Mykonos, Thera (Santorin) où nous ferons escale. Les hommes qui vont peupler ces îles, conscients de cette magie, sculpteront de magnifiques «Déesse Mère» qui vont inspirer des siècles plus tard Picasso qui à l’image de ZEUS ne fut pas toujours un époux exemplaire!

Oksana GARIN

 

Un protectorat vénitien en mer Egée :
Le Duché de Naxos

 

En 1204 après la prise de Constantinople par les croisés, Venise acquière la souveraineté sur les Cyclades. La Sérénissime ne peut faire face aux dépenses d’une nouvelle expédition. La conquête des îles sera réalisée grâce à des initiatives privées de riches Vénitiens. Marco Sanudo, neveu du Doge Enrico Dandolo s’empare de Naxos en 1205 et en 1207. Il prend ensuite le contrôle des principales îles des Cyclades comme Paros, Antiparos, Milos, Siphnos, Kythnos et Syros. Il fonde le duché de Naxos. Parmi ses compagnons et parents, son cousin Marino Dandolo devient seigneur d’Andros, les frères Andrea et Geremia Ghisi deviennent maîtres de Tinos et de Mykonos, plus des fiefs sur Kéa et Sérifos. Les Pisani prennent Kéa ; Jaccottet Barozzi Santorin. Anafi échoit à Leonardo Foscolo. Pietro Giustiniani et Domenico Michiel se partagent Sérifos et ont des fiefs sur Kéa. Les Querini gouvernent Amorgos. Ainsi les Cyclades appartiennent aux familles patriciennes vénitiennes. Ils imposent le système féodal occidental.
Les Ducs de Naxos deviennent vassaux de l’empereur latin de Constantinople en 1210. Dans les Cyclades Venise ne profite donc pas directement de cette conquête, mais le duché dépend toujours nominalement d’elle et il a été stipulé qu’il ne peut être transmis qu’à un Vénitien. L’Archipel a été ainsi débarrassé de ses pirates, mais aussi des Génois et la route commerciale vers Constantinople est sécurisée. Les Vénitiens s’installent à Modon (en grec Methóni, commune de Pylos) en 1125. Modon devient un important centre commercial connaissant une grande prospérité. Venise va s’installer aussi en Crète, à Chypre et dans les îles Ioniennes à Cythère, Zante, Céphalonie, Ithaque et Leucade. Les îles de la mer Égée sont prises par les turcs au cours de la seconde moitié du XVè siècle, les autres possessions aux siècles suivants malgré une défense acharnée des troupes de la Sérénissime.



Christian Furia

 

Sur les traces d’Apollon

 

Apollon est le fils de Zeus et de Léto. Sur le point d’enfanter, Léto parcourt la mer Égée. Seule l’île de Délos (à proximité de Mykonos), accepte de l’accueillir. Dès sa naissance, Apollon manifeste sa puissance d’immortel ; il réclame ses attributs, la lyre et l’arc. Apollon est le patron des musiciens et des archers. Zeus lui ordonne de se rendre à Delphes (situé à proximité du golfe de Corinthe, en face de Patras). Apollon y établit son temple, après avoir tué le serpent Python. Le dieu cherche ensuite un moyen de faire venir des prêtres à son temple. Il aperçoit alors un navire de Crétois voguant vers Pylos. Prenant la forme d’un dauphin, il conduit les Crétois jusqu’au sanctuaire dont ils deviendront les desservants. Nouveau venu dans la liste des Dieux grecs, Apollon comme sa sœur Artémis vénérée à Ephèse est d’origine orientale. Apollon est un dieu vindicatif, prompt à punir ceux qui le défient ; dans l’Iliade il prend activement parti pour les Troyens contre les Grecs qu’il frappe de la peste. Réputé pour sa grande beauté, ses aventures amoureuses sont nombreuses et pas toujours heureuses. Alors qu’il poursuit la nymphe Daphné, celle-ci invoque son père, un dieu-fleuve, qui la transforme en laurier (cet épisode sera magistralement traité par le Bernin à l’époque baroque). Coronis, enceinte du dieu le trompe avec le mortel Ischys. Apollon envoie Artémis tuer l’infidèle. Pris de pitié pour l’enfant à naître le futur Asclépios, il arrache ce dernier du ventre de sa mère et le porte chez le centaure Chiron, pour qu’il lui enseigne l’art de la médecine. C’est à Delphes que le caractère complexe du dieu se révèle, dans son rôle de maître de la divination et d’inspirateur de la Pythie. À partir de l’époque classique, tous les sites oraculaires de grande envergure appartiennent à Apollon, à l’exception de l’oracle de Zeus à Dodone. L’identification d’Apollon avec le soleil n’apparaît pas avant le Vè siècle av. J.-C. ; elle s’explique par l’épithète Phoibos, littéralement « le brillant ».

Christian Furia

 

Un peu de Grèce dans votre assiette

 

Quel meilleur souvenir que celui d’un moment passé à la table d’un restaurant grec.
Rien de prestigieux, une petite nappe, certainement en papier, à l’ombre d’une tonnelle, près de l’eau, on est dans un port pittoresque comme Pylos. Il y a quelques tables de touristes, quelques membres d’équipage se sont échappés pour une ou deux heures et bien sur des locaux.
C’est la sortie dominicale en famille, en nombre, animation garantie. Bref, le menu est long comme le bras, les touristes n’étant pas si rares la carte est traduite.
Je retrouve mes plats favoris, la taramasalata. Rien à voir avec ce pâté rose fluo de nos supermarchés, ici cette préparation d’œufs de poissons est gris-rose pâle, onctueuse et parfumée à l’ail, idéale à tartiner sur un pain de campagne.
Et cela va si bien avec un petit verre d’ouzo.
C’est une carte postale, mais le poulpe est un «must» des petits ports grecs, il est servi frit, ou grillé «à la plancha», et on espère toujours qu’il soit frais et tendre. Il faut laisser pour le soir les plats plus consistants, voire même pour la maison, rien ne vaut une moussaka que l’on a fait soi-même, à moins de se faire inviter par un autochtone.
Comme leurs anciens occupants et actuels voisins, les Turcs, les Grecs ont une cuisine traditionnelle marquée par la nécessité d’un ancien nomadisme. Les galettes, les souvlaki et autres baklava en sont des témoins frappants.
Mais connaissez-vous le trahana ? On en mange autant sur le continent que sur les îles Grecques et les Turcs ont leur version. Imaginez de la farine de blé, mélangée avec du yaourt. Cela forme une pâte granuleuse, que l’on étale et fait sécher au soleil. Une fois sèche, on la fragmente en gros copeaux et on peut conserver le trahana pendant des mois. Pour le consommer, il suffit de le réhydrater quelques heures puis de le faire cuire une trentaine de minutes, en ajoutant de la tomate, sel et poivre. On obtient une soupe, à la consistance plus ou moins épaisse, selon les goûts. On y ajoute du fromage coupé en cubes, juste avant de le déguster, de la feta ou encore mieux du Haloumi (un fromage chypriote qui grince sous la dent). Aucun raffinement mais c’est un régal l’hiver. Pensez-y la prochaine fois que vous faites une halte en Grèce, ramenez un sachet de trahana.

Cédric Cabanne

 

La solution touristique

 

Les chiffres arrivent peu à peu en cette fin d’année, et ils donnent un peu d’espoir à ceux qui ont la Grèce dans le cœur.
Et si le tourisme en Grèce permettait au pays de mettre la tête hors de l’eau ?
Les derniers chiffres du secteur tourisme sont jugés très encourageants.
Nous pouvons être fiers de ce fait car nous y avons contribué, un petit peu. En 2013, plus d’un million de Français ont choisi la destination Grèce, un vrai record. Mais nous ne sommes pas les seuls européens à avoir choisi la République Hellénique pour nos vacances. La fréquentation des Britanniques a augmenté de 15% et celle des Allemands de plus de 5%. Mais ce sont les Russes qui ont le plus plébiscité approchant le million de visiteurs, soit plus du double des années précédentes. Au total, le nombre de touristes européens est passé de 15,5 millions en 2012 à 17 millions pendant cette année 2013. Américains et Asiatiques sont aussi attirés par la Grèce et pour ces derniers, l’île de Santorin est la plus fascinante.
En dehors de la vieille histoire d’amour que nous entretenons avec la Grèce, et de la proximité religieuse des Russes avec leurs coreligionnaires orthodoxes, on peut noter une conjonction de facteurs internes et externes.
Les prix dans l’hôtellerie ont baissé de 20% en moyenne, la TVA sur la restauration a elle aussi baissé de 10 points au cours de l’été, mais il faut reconnaître que c’est avant tout les facteurs externes qui ont rendu la Grèce plus attractive. De nombreux pays du pourtour méditerranéen ne sont pas en si bonne posture. La Tunisie et l’Egypte ne se remettent pas de leur interminable Printemps arabe, et la Turquie a souffert de l’intransigeance de son gouvernement face aux manifestants d’Istanbul. Le gouvernement grec s’est réjouit de ces signes positifs, d’autant qu’il a, depuis le début de la crise, affiché la volonté de réorienter l’activité touristique vers les atouts de la Grèce, à savoir sa culture millénaire. Les plages des mers Ionienne et égéenne doivent continuer à faire recette, en visant des touristes plus fortunés, et d’importants investissements dans l’hôtellerie de luxe ont été favorisés. Mais les sites archéologiques et les musées doivent faire le plein. Et les chiffres de cette année annonce une tendance favorable, la fréquentation de l’ensemble des musées et des sites archéologiques, sont en hausse de près de 20 % par rapport à l’an dernier, année funeste, il faut bien l’avouer. Et les recettes suivent. 13% à 15 % en plus dans les caisses de ces institutions publiques. Quant au secteur privé, il est toujours un peu plus réticent à renflouer l’Etat grec. L’Etat grec court toujours après une partie de ses recettes :
sur un millier d’hôtels, restaurants, plages des lieux les plus touristiques inspectés entre le 15 juin et le 15 juillet par la brigade criminelle financière, la moitié était en infraction fiscale. Sur les îles ultra courues de Rhodes et Santorin, les trois quarts des établissements contrôlés ont été sanctionnés. Atavisme quand tu nous tiens...
L’enjeu est de taille avec 27 % de chômage, le tourisme en Grèce, c’est déjà 1 emploi sur 5. Alors on espère que les touristes étrangers vont faire sortir la Grèce de la récession, déjà 6 années consécutives. Mais cette embellie vient de l’étranger, car les Grecs eux partent de moins en moins en vacances, on a dépassé le cap des 70% l’été dernier, rien d’étonnant quand on sait que le salaire minimum a dégringolé de 700 à 580 euros ! La clientèle grecque se fait rare dans les petits hôtels. Une nouvelle loi punit plus sévèrement le camping sauvage. Privés de dormir sous les étoiles, espérons que les Grecs garderont la tête froide lors de la prochaine échéance électorale, en ce moment, c’est la gauche radicale Syriza qui a le vent en poupe.

 

Cédric Cabanne

 

Le Canal de Corinthe

 

Nous emprunterons le Golfe de Corinthe, riche de tant d’histoire et de souvenirs sous une nuit, que nous espérons, étoilée, ce qui donnera encore plus de mystère à cette navigation.
Vous aurez auparavant navigué dans les eaux mythiques des batailles d’Actium et de Lépante, en passant sous les magnifiques arches haubanées du superbe pont de Rion Antirion qui relie le Péloponnèse à l’Attique. Nous pouvons rêver d’être accompagnés d’un magnifique arc-en-ciel, couronnant Apollon, en route vers Delphes, naviguant au large du domaine de la Pythie et de la mer d’oliviers. La nuit tombée, nous arriverons à ce qui était autrefois le fameux isthme de Corinthe unissant sur un parcours d’un peu moins de 7 kilomètres l’ensemble du Péloponnèse à la Grèce continentale. Aujourd’hui l’isthme des origines est devenu par la main et le génie des hommes un extraordinaire canal. Illuminé d’un bout à l’autre de son parcours, il relie la mer Ionienne à la mer égée, 2 mers au fabuleux destin. Le Berlin s’avancera doucement, vous aurez du mal à croire qu’il pourra passer, il a les dimensions limites pour une telle navigation.
Seuls 2 ou 3 mètres vous sépareront par endroit des parois verticales qui culminent parfois à près de 80 mètres au-dessus des ponts du bateau. Le spectacle sera féerique, magistral, surprenant. Le passage dans cette «Rigole» de lumière pour reprendre l’expression de nos amis grecs sera un moment unique, comme celui du Stromboli.
Chacun de vous sera sur le pont, courant d’un bord à l’autre, estimant de son mieux la largeur du «matelas d’eau» qui vous séparera des rives verticales, aux couleurs aussi vives la nuit que le jour. Chacun de vous regardera vers le ciel pour ne pas manquer le pont Posidonia ou le pont d’Isthmia, souvenir des jeux qui se tenaient tous les 4 ans, en ce lieu considéré par les Anciens comme une création des dieux. La fièvre de l’enthousiasme sera au-rendez-vous. Pendant ce temps, vous écouterez aussi la belle histoire de cette réalisation, depuis les tentatives de Pisistrate, de Néron pour réaliser cette voie maritime jusqu’à l’inauguration le 25 juillet 1893 avec le navire français «Notre Dame du Salut» transportant le roi de Grèce Georges I. A peine sortie du Canal, vous apercevrez déjà les lumières de Salamine et nous aurons une pensée pour Thémistocle qui dans notre sillage sauva Athènes de l’invasion des Perses. Le sommeil sera plein de rêves.

le Commandant Jean Marie Homet