Flash Culturel de votre Conférencier :
Cédric Cabanne



Cédric CABANNE vous propose de découvrir la plus australe des terres habitées «De la Patagonie à la Terre de Feu» au travers de textes et de photos très variés alliant nature et culture dans une collection de noms mythiques :
le parc national de Torres del Paine, le Cap Horn, le Détroit de Magellan...

Dans l’extrême sud du Chili se déploient les dernières terres sauvages de la planète. Entre désert des steppes et glaciers vertigineux, Plein Cap vous entraîne dans un voyage inoubliable du 18 au 27 Novembre 2014 avec une croisière de 5 jours qui vous permettra de découvrir des paysages hors normes qui resteront gravés à jamais dans vos mémoires !

Bienvenue dans une nature fascinante !

 





 

Le Chili

 

Le Chili est un pays à la géographie peu ordinaire : une longue et étroite bande de terre de 4300 kilomètres, coincée entre l’Océan Pacifique et la barrière de la Cordillère des Andes, en fait une presqu’île sur ce continent Sud-Américain.
Mais c’est aussi un pays de taille moyenne pour cette partie du monde, plus grand que la France avec 756 626 km2, un pays peu peuplé avec seulement 17 millions d’habitants. Dans l’histoire moderne, ce territoire est resté un peu à l’écart, au moment de la conquête ibérique. Il n’y avait là, ni or ni argent. On a longtemps dit que de farouches Indiens, auraient même retardé la colonisation.
Partie intégrante de l’Empire espagnol, le Chili en sort en 1818, et jouit au cours du XIXè siècle d’une forte croissance économique, principalement grâce au port de Valparaiso, étape obligée sur la route du Cap Horn. Une grande partie du XXè est toute aussi clémente pour un pays considéré alors comme un îlot de modernité, grâce à sa stabilité politique, à ses ressources minières, à sa classe moyenne et à ses réformes sociales. Mais le Chili sera finalement une des nombreuses victimes de la guerre froide. Ainsi l’exacerbation du clivage politique et la caution de la CIA font le lit d’une terrible dictature militaire, celle du Général Augusto Pinochet. Depuis 20 ans, la démocratie est revenue au Chili. Il a fallu gérer un héritage difficile. Les très bonnes performances économiques du Chili lui valent le surnom de « Jaguar de l’Amérique latine ». Mais le Chili est encore marqué par d’importantes inégalités sociales et il dépend trop de ses exportations de cuivre.

Cédric Cabanne

 

Les Guanacos, les Lamas du Chili

 

Plus petits que les Lamas mais plus robustes que les Vigognes, les Guanacos appartiennent à cette famille des camélidés andins à laquelle on peut ajouter encore l’Alpaga.
Les Guanacos sont, sans doute, les plus grégaires. Un groupe ne compte en général qu’un seul mâle mais de nombreuses femelles. Les femelles endurent 11 mois de gestation, puis 3 semaines de repos avant une seule semaine de fertilité. La période la plus active pour le mâle dominant, car les femelles sont toutes fertiles en même temps. Les jeunes sont chassés du groupe après seulement un an. Les jeunes femelles gagnent un autre groupe, évitant la consanguinité, et les jeunes mâles se retrouvent en horde, en attendant de détrôner un mâle dominant. Les mâles ainsi détrônés vivent au sein des hordes de juvéniles ou dans l’isolement.


Cédric Cabanne

 

Le parc national de Torres del Paine

 

Depuis 1959, le parc national de Torres del Paine est l’un des plus vastes du Chili, établi sur quelques 242 242 hectares, déclaré réserve mondiale de la Biosphère par l’Unesco en 1978. Coincé entre la cordillère des Andes et la steppe de Patagonie, il s’étage de 20 mètres d’altitude à près de 3050 mètres. Compte tenu de l’altitude et des vents violents qui le parcourent, le parc est connu pour son rude climat, l’été, il reste froid et pluvieux, le double des pluies de Santiago, mais seulement 700 mm de précipitations annuelles.
De nombreux lacs et rivières parcourent le parc, le réseau hydrographique est bien sûr alimenté par les précipitations mais régulé par les fontes des neiges et des glaciers! Certains lacs reçoivent des eaux riches en sels minéraux, pas toujours favorables à la vie de la faune et de la flore comme dans le lac amer (Lago armaga) où l’eau verte contient une forte concentration de sels de plomb. Cela dit, on sait que des bactéries sont à l’origine de notre atmosphère, et depuis quelques années, des colonies de bactéries ont été identifiées sur les rives de quelques lacs du parc.
Le parc national compte 25 espèces de mammifères dont des renards gris, pumas et guanacos, et une centaine d’espèces d’oiseaux. En fait la diversité des milieux rend possible cette multiplicité du monde animal. Suivant l’altitude et la latitude, on distingue 4 milieux bioclimatiques et 4 végétations leur correspondant, le matorral ou buisson pré andin, le bosquet magellanique, la toundra magellanique et le désert d’altitude.

Cédric Cabanne

 

Le Cap Horn

 

S’il y a un point d’orgue à la découverte de la Patagonie, il s’agit sans nul doute du Cap Horn. A 55°56’ de latitude sud, il est la terre la plus proche du Pôle Sud de tout cet hémisphère, plus proche encore de l’Antarctique de 1300 miles nautiques que le Cap de Bonne Espérance. En fait, la terre Antarctique la plus proche est à seulement 954 km.
Le Cap Horn est resté un lieu dangereux pendant plusieurs siècles, aux tempêtes épouvantables, en particulier pour les navires à voiles. Cela n’a pas empêché la croissance d’un trafic commercial et militaire. Il atteint en 1906, le passage de plus de 2500 Clippers. La navigation autour de ce Cap Horn pouvait se faire en 4 jours pour les plus chanceux, mais les changements météorologiques pouvaient rendre cette épreuve interminable, avec un record de lenteur de 94 jours.
Depuis 1945, le Cap Horn est un parc national, son accès est limité mais possible grâce à un escalier installé sur une de ses falaises. Son plateau est aménagé de passerelles de bois permettant la découverte et la protection d’un milieu naturel fragile. Il est un lieu de mémoire, ceux des marins disparus. Depuis 1994, un immense albatros de plaques d’acier a été dressé face aux éléments, il devrait résister à des vents de près de 180 noeuds. Autre symbole, un rocher de granit breton, il est le monument des Cap-horniers de St Malo. Il célèbre la fraternité des Cap-horniers et des marins disparus. Une chapelle est également établie au pied du phare; elle est assez récente, remontant à la « presque guerre » entre le Chili et l’Argentine de 1978.
Enfin cette terre chilienne n’est accessible qu’aux navires et à leurs passagers après le passage par un port Chilien, à moins que le navire ne soit lui même chilien. Des volontaires se relaient sur l’île de ce bout du monde, pour des périodes de 12 mois.

Poème de Sara Vial

Soy el albatros que te espera
En El final del Mundo
Soy El Alma oldidada de los marinos muertos
que cruzabon el cabo de hornos
Desde todos los mares de la tirera
Pero ellos no murieron
En las furiosas olas
Hoy vuelan en mis alas
Hacia la eternidad
En la ultima grieta
De los vientos antarticos
Je suis l’albatros qui t’attend
Au bout du monde
je suis l’âme oubliée des marins morts
Qui traversèrent le Cap Horn
Venant de toutes les mers de la terre
Mais ils ne sont pas morts
Sur les vagues furieuses
Ils volent aujourd’hui sur mes ailes.
Vers l’éternité
Dans la dernière crevasse
Des vents antarctiques



Cédric Cabanne

 

Un écosystème divers mais fragile

 

Plus éloignées du pôle, les terres australes ont à la différence des terres septentrionales un climat plus clément pour la faune et la flore. Mais les espèces végétales et animales ont du quand même s’adapter aux conditions particulières des milieux du sud du continent. La pauvreté du sol, la puissance et la fréquence des vents n’ont pas empêché le développement de la forêt magellanique. Elle a permis l’installation des Hommes, ceux qui apprirent à utiliser avec sagesse les richesses qu’elle offrait. On y trouve de nombreuses baies comestibles comme les baies de Chahar, ou fraises du diable, les calafates, cousines de nos myrtilles. Les premières sont infectes; les secondes ont un goût plus subtil.
Une espèce d’arbre, le canello a rendu d’importants services aux premiers colons puisque son écorce riche en vitamine C évita de nombreuses carences. Mousses lichens et petits arbustes ont développé différents scénarios d’adaptation au climat comme la fréquente pigmentation rouge des feuillages, il permet en effet une accumulation des calories des premiers rayons du soleil au retour du printemps. Mais cette forêt diverse est fragile, les maladies peuvent apparaitre et détruire d’importantes surfaces de végétation. Le pseudo-Hêtre ou Linga a ainsi souffert d’un parasite.
L’arbre pour se protéger parvient à sacrifier des pans entiers de sa ramification. La diffusion de cette infection a crée d’étranges paysages dont les arbres sont des morts-vivants, ayant une partie de leurs branches sans vie.
Le feu est un autre danger, provoqué par la main de l’homme ou d’origine naturelle, il affecte, à chaque départ de feu, de vastes surfaces. Le troisième danger des forêts Magellane est le résultat d’une erreur humaine et plus précisément canadienne. A la fin des années 1940, ils ont introduit quelques couples de castors, espérant une bonne adaptation au milieu et pouvoir ainsi fournir d’importantes quantité de peaux. Malheureusement l’animal, sans prédateur naturel, s’est multiplié sans limite.
Son mode de vie entraine la destruction de la forêt, l’animal abattant de nombreux arbres pour la construction de son habitat. L’introduction de cette espèce dans un écosystème inadapté fut par ailleurs complètement inutile, le climat plus clément de la Patagonie par rapport au Grand-Nord Américain ne donne pas une peau de castor utilisable.

 

Cédric Cabanne

 

Les Indiens de Patagonie

 

La fin des Yamanas
Ils appartiennent au passé de la Patagonie. Sur cette terre aux ressources naturelles limitées, les Yamanas étaient installés depuis des millénaires. Se déplaçant entre le Canal de Beagle et le Cap Horn, ils formaient une population de quelques 3000 hommes, femmes et enfants, à l’arrivée des colons européens dans la première moitié du XIXè siècle. 150 ans plus tard, leur population n’excédait pas les 130 personnes. Cette chute démographique est directement liée aux contacts avec les hommes blancs. Les arrivées successives des populations d’origine européenne ont introduit de nouvelles maladies auxquelles les organismes des Yamanas n’étaient pas préparés, comme la typhoïde, la rougeole ou la variole.
L’introduction de l’alcool a provoqué d’autres dégâts, fragilisant leur santé et leur société.
Les nouveaux arrivants ont également exercé d’importants prélèvements sur la faune, décimant les populations d’otaries, base de l’alimentation des Yamanas, ces otaries leur procuraient protéines et graisse pour faire face à la rigueur de l’hiver.
L’introduction de la chrétienté, malgré toutes les bonnes intentions des missionnaires fut tout aussi dévastatrice, le rassemblement de Yamanas en mission pour mieux les éduquer et les contrôler les a encore rendus plus sensibles aux épidémies. La pudeur chrétienne les força à se vêtir, provoquant un changement brutal de leur mode de vie.
Les Yamanas n’ont pas été massacrés comme d’autres population originaire du continent américain, mais leur disparition progressive et inéluctable fut celle aussi d’une culture millénaire, liée en particulier à la maîtrise d’un environnement exigeant.

Cédric Cabanne