Flash Culturel de vos Conférenciers :
Le Commandant Jean-Marie HOMET et Cédric Cabanne

 


Chers Passagers,

Pour ce 15ème flash culturel, vous avez rendez-vous avec le Commandant Jean-Marie Homet et Cédric Cabanne qui ont choisi des thèmes tout à fait différents mais tous passionnants afin de vous faire partager leur passion pour LES PERLES DE L'OCEAN INDIEN que vous pourrez découvrir en participant à cette magnifique croisière à bord du Ms Hamburg du 19 mars au 2 avril 2016.

L’Océan Indien, Un Océan mythique L’Océan Indien est connu depuis la Haute Antiquité. Hérodote l’évoque à diverses reprises au Vè siècle avant notre ère. Les armées d’Alexandre conduites par l’amiral Cratère le parcourent à leur retour des Indes. Au temps de Cléopâtre, les Egyptiens y lancent leurs navires pour ramener des perles et des pierres précieuses. La fascination de l’Océan Indien apparait, il est l’Océan de toutes les richesses. Au Moyen Âge, à la suite des Croisades, il devient une des routes de la soie et plus encore des épices et des parfums. Mais c’est surtout à la Renaissance, avec la découverte du Cap de Bonne Espérance par Barthélemy Diaz en 1488 que l’Océan Indien devient facilement accessible. Il est alors la voie royale vers les richesses et les splendeurs de la Côte Orientale de l’Afrique et des îles merveilleuses de Zanzibar, des Comores, de Madagascar, de la Réunion, de Maurice et au-delà des Indes et de l’Extrême Orient. Les conquérants, les missionnaires, les aventuriers, les marchands, les trafiquants s’y rendent suivant le rythme des moussons. Bientôt après les Espagnols et les Portugais, les Hollandais, les Français, les Anglais créent leurs fameuses compagnies des Indes Orientales qui fondent des comptoirs comme ceux de Zanzibar ou de Diego Suarez. Par l’Atlantique arrivent l’Or et l’Argent du nouveau monde, par l’Océan Indien les épices, les perles, les diamants qui font la fortune d’Amsterdam ou d’Anvers. En France, Colbert crée en 1664 le port de Lorient pour assurer le trafic avec l’Océan Indien.. Désormais toutes les grandes puissances européennes, mais surtout la France et l’Angleterre se battent pour la maîtrise de l’Océan Indien. Au gré des conquêtes et des variations politiques, les îles mythiques changent de nom. C’est ainsi que La Réunion s’appelle tour à tour : Santa Apollonia, île Bourbon, île Bonaparte, avant de devenir « La Réunion ». Pendant un temps Diego Suarez a été la République imaginaire de « Libertalia ». On comprend qu’avec l’époque romantique l’Océan Indien devienne l’Océan des rêves de Baudelaire à Rimbaud, de Bernardin de Saint-Pierre à Henry de Monfreid. C’est le rendez-vous idéal de l’au-delà de Suez.

Commandant Jean-Marie HOMET

 

 

Rencontre avec Charles Baudelaire

 


Flash Culturel n°15 - Plein Cap CroisièresN’ayons pas peur de le dire, les plus beaux poèmes de la langue française ont été écrits par Charles Baudelaire dans l’Océan Indien, à La Réunion, à l’île Maurice ou au retour de ce périple merveilleux et inspiré par lui. « Les Fleurs du Mal » ont fleuri dans cet univers. Les Mauriciens s’en souviennent bien qui les traduisent en créole et rendent très souvent un vibrant hommage à notre grand poète qui a non seulement magnifié leur océan, leur ciel, leur paysage mais aussi et surtout leurs habitants de couleur. Est-il plus grand chef d’œuvre que « L’Albatros » que « Parfum exotique » que l’ode « à une Malabraise ». Souvenons-nous, en 1841, le jeune Charles Baudelaire a 20 ans. Son beau-père le général Aupick est inquiet de ses fréquentations, de la vie qu’il mène et il le décide à embarquer sur le « Paquebot du Sud » pour un voyage aux Indes. Le voyage va durer 7 mois. Baudelaire n’atteindra jamais les Indes. Il va demeurer à La Réunion et à Maurice dans un moment d’intense ferveur poétique. Il est envouté par ces îles entre « Entre langoureuse Asie et brûlante Afrique ». En 1842, il doit revenir pour recueillir son héritage paternel mais toute sa vie il va garder sa fascination pour l’Océan Indien. D’abord dès son retour à Paris, il tombe follement amoureux de Jeanne Duval, la mulâtresse qui lui rappelle les Mascareignes. Pour elle, il écrira les merveilleux poèmes : « La Chevelure », « Parfum exotique » et tant d’autres, « Quand tu dormiras ma belle ténébreuse ».Et il rêve, il rêve des îles de cet océan, vécu comme un vrai paradis. Il écrit : « J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève Se pâment longuement sous l’ardeur des climats Tu contiens mer d’ébène, un éblouissant rêve » Alors n’hésitons pas, embarquons avec « Plein Cap » dans le sillage et à la rencontre de Charles Baudelaire, notre plus merveilleux poète.

Commandant Jean-Marie HOMET

 

Paul et Virginie

 

Flash Culturel n°15 - Plein Cap Croisières Le chef d’œuvre de Bernardin de Saint Pierre se passe à l’Île de France qui deviendra l’île Maurice en 1815. Après une enfance au Havre, le jeune Jacques-Henri, rêveur et aventureux réussit à embarquer pour les Antilles. Nous sommes au milieu du XVIIIè siècle. Il en revient, ayant perdu ses illusions et il se replonge dans les études, en particulier en mathématiques et en philosophie. Puis pendant tout un temps il travaille au service du Roi comme ingénieur militaire. Au cours de ses voyages en France, il rencontre d’Alembert et Rousseau qui ont une grande influence sur lui. Il se passionne pour l’Encyclopédie et la littérature ; Petit à petit, il retrouve les rêves de son enfance. C’est ainsi qu’en 1771, il embarque pour l’île Bourbon, aujourd’hui La Réunion et l’île de France, aujourd’hui Maurice. Là, il se découvre une passion pour la botanique et il fait un travail considérable pour la défense de la nature tropicale qu’il admire tant. Mais c’est surtout dans ces îles que naît son projet de « Paul et Virginie », roman pré-romantique qui enthousiasmera toute la critique du XIXè siècle. Sainte Beuve dira de lui : « Tout y est parfait, simple, décent et touchant ». Bernardin de Saint-Pierre voit dans ces îles une nature digne du paradis, une terre sauvage non souillée par l’homme, un lieu d’harmonie entre les êtres et la nature, une société idéale. A son retour il publiera aussi un ouvrage moins célèbre mais très chaleureux lui aussi : « Voyage à l’île de France et à l’île Bourbon »

Commandant Jean-Marie HOMET

 

Tanzanie et Zanzibar, un pays uni ?

 

Flash Culturel n°15 - Plein Cap Croisières La Tanzanie, en fait la « République Unie de Tanzanie », dont Zanzibar est une partie intégrante, est le résultat d’une récente fusion entre l’île de Zanzibar et le Tanganyika. Mais cette fusion s’inscrit dans une logique, celle de l’Histoire et de la Culture, et celle des hommes qui ont marqué ce pays au XXè siècle. En se penchant sur l’histoire de la région, on verra que depuis des siècles un réseau commercial, et culturel s’est tissé de l’archipel vers le continent, en sachant que Zanzibar dominait alors cette relation. Une relation de longue date seulement interrompue par la colonisation européenne. Une fois libérés de cette tutelle européenne, les îles et le continent ont retrouvé le chemin commun de leur histoire, par la volonté d’un homme, celui qui a rendu le Tanganyika libre, Julius Nyerere. Mais cette fois-ci le rapport de force a évolué entre Zanzibar et le continent, au détriment de l’archipel. Ce chemin commun, fut celui du « Progrès », de la voie socialiste, mais une voie socialiste à l’africaine, une voie dont la Tanzanie va être le phare, pendant deux décennies. Là aussi cette voie a été voulue par un homme, car dès son retrait de la vie politique et rattrapée par les réalités économiques la Tanzanie a laissé derrière elle son passé socialiste, dont certains aspects furent positifs, pour se tourner vers une politique plus libérale. La Tanzanie, est née de la volonté d’un homme qui n’est plus au pouvoir, reposant sur une idéologie moribonde. On peut se demander si la Tanzanie insulaire n’envisage pas la séparation de la Tanzanie continentale, et également s’interroger sur la réalité de cette union.

Cédric CABANNE

 

Les bangas, une des traditions mahoraises en danger ?

 

Flash Culturel n°15 - Plein Cap Croisières Le banga est l’habitat traditionnel fabriqué à l’adolescence par et pour les garçons. Entre 12 et 15 ans, les garçons sont invités à quitter la maison familiale. Ils doivent donc construire leur propre habitation. La famille mahoraise traditionnelle compte de nombreux enfants et les maisons mahoraises standards n’ont en fait qu’une ou deux pièces. Ce n’est donc pas très convenable de laisser des frères et soeurs cohabiter dans une telle promiscuité. Mais l’adolescent prend aussi un peu de distance par rapport à l’autorité parentale !
 La construction d’un banga représente un tournant dans la vie du jeune homme, symbolisant son passage de l’enfance à l’âge adulte. Tous ses amis se réunissent et participent à sa réalisation. Un banga traditionnel est exclusivement construit avec des matériaux naturels : l’ossature est en bois, les murs en torchis (mélange d’argile et d’herbes sèches) et le toit en feuilles de palmiers tressées. Lorsqu’on se promène sur l’île de nos jours on voit de plus en plus de bangas construits avec des tôles ondulées, plus solides et plus faciles à poser. Une fois terminé, certains garçons, s’ils ont les moyens d’acheter des peintures, décorent leur banga selon leur imagination, leur goût, leur talent... Le banga est un lieu de rencontres, on y dort, on regarde la télé, on y écoute de la musique. C’est aussi un moyen de séduction, on y invite les jeunes filles, ce sont « des pièges à fille », mais il y a toujours une fenêtre judicieusement placée, permettant la fuite de celle-ci en cas de visite imprévue !
 Rassurez-vous, ces jeunes garçons ne sont pas totalement livrés à eux-mêmes. Bien qu’ayant leur propre habitation, ils continuent à prendre leurs repas chez maman qui leur lave aussi leur linge ! Puis viendra le moment du mariage : le jeune quittera son banga pour aller vivre chez sa femme (car ici la maison appartient à la femme) et c’est Madame qui prendra le relais de la maman pour toutes les tâches ménagères ! 
Cette tradition des bangas est en voie de disparition à Mayotte, car l’habitation familiale traditionnelle (avec une seule et unique pièce) est progressivement remplacée par des constructions en béton et parpaings où les pièces et les étages s’ajoutent en fonction des finances et des naissances.…La pression immobilière, la croissance démographique rendent la terre plus précieuse, il y a de moins en moins de place pour les bangas. De nos jours certains jeunes Mahorais ont honte de vivre dans leur banga (la modernité vue à travers la télé…) mais d’autres ont encore le goût pour le rêve, les fantasmes.

Cédric Cabanne

 

Madagascar, une île gaspillée et convoitée

 

Flash Culturel n°15 - Plein Cap Croisières Madagascar est la plus grande île de l’Océan Indien. Elle est baignée par les courants marins et les vents venus d’Asie du Sud-Est. C’est un espace ouvert aux influences africaines ou asiatiques, une sorte de carrefour où de nombreux peuples y ont établi des comptoirs et s’y sont installés en s’adaptant à leur nouvel environnement. Madagascar est ainsi le creuset de différents peuples et a donné naissance à une civilisation originale : la civilisation malgache. Les Européens arrivent au moment où la nation malgache s’organise, et rêve, tout en s’ouvrant à l’Occident, de conserver son indépendance à l’instar du modèle japonais du XIXè siècle. Conquise par la force, malmenée par une métropole qui veut voir en Madagascar une île divisée par les luttes tribales, la nation malgache poursuit sa construction jusqu’à son indépendance. La classe politique qui dirige depuis le pays a essayé de donner différentes réponses au sous-développement de Madagascar, sans pour autant jamais trouver la bonne réponse. La pauvreté et les inégalités n’ont pas cessé de croitre, ce qui rend plus dramatique la gravité des catastrophes écologiques menaçant aujourd’hui Madagascar. Les richesses de l’île continue à aiguiser les appétits des plus puissants sur l’île mais aussi ceux venus de l’extérieur. Les puissances asiatiques se sont lancées à la conquête économique des terres africaines, Madagascar ne fait pas exception, c’est même une des terres d’expérimentation de cette nouvelle présence.

 

Cédric CABANNE

 

Les Lémuriens, des cousins en danger

 

Flash Culturel n°15 - Plein Cap Croisières Ils sont l’un des trésors de la faune malgache et mahoraise, mais ils sont en très grand danger. Si leur nom provient des Lémures, des esprits de la mythologie romaine, ce sont des primates, sans être des singes. Ils partagent d’ailleurs certains traits des primates primitifs. Ils sont arrivés à Madagascar entre 62 à 65 millions d’années. Grâce à leur capacité d’adaptation, ils ont évolué en fonction de leur environnement, au point de devenir une population endémique et extrêmement variée. Les plus grands des lémuriens, de la taille d’un gorille mâle ont sans doute disparu avec l’arrivée des premiers hommes sur l’île, voilà 2000 ans, mais on dénombre plus d’une centaine d’espèces de lémuriens, de 30 grammes à 9 kilogrammes, de quelques centimètres à près d’un mètre de hauteur. La plupart d’entre eux sont frugivores, et ont des habitudes nocturnes. Comme les primates, ils ont des doigts opposables aux mains et aux pieds, et des ongles au lieu de griffes. Cependant, la taille du cerveau par rapport à leur corps est inférieure à celle des primates anthropoïdes. Petite particularité, ils ont un rhinarium, c’est à dire un nez sans poil. Les lémuriens sont généralement les plus sociaux des primates, ils communiquent davantage avec les odeurs et les vocalisations qu’avec la vue, et le groupe peut parfois être mené par une femelle dominante. L’étude des lémuriens tant sur Mayotte, où on les appelle les Maki, que sur Madagascar n’est pas très ancienne. Sur les deux îles, la déforestation a considérablement réduit leur écosystème et menace à présent leur survie. La pression démographique, à Mayotte mais surtout la pauvreté à Madagascar ont réduit le couvert forestier à 10% de la forêt originelle. De plus en plus de Malgaches pauvres se lancent aussi dans la coupe sauvage de bois précieux pour survivre, et partant pour plusieurs jours ils n’ont d’autres ressources que de chasser les lémuriens pour survivre. Au rythme actuel, d’ici 20 ans, il n’y aura plus ni forêt, ni lémuriens sur l’île de Madagascar. Malgré l’imminence de cette disparition, l’état malgache est incapable de protéger son patrimoine naturel.

 

Cédric CABANNE

 

 

La vanille trésor de l’Océan Indien, cadeau d’un esclave

 

Flash Culturel n°15 - Plein Cap Croisières Laissez-moi vous conter le destin particulier de Edmond Albius, entre gloire et tragédie. Ni héros de champs de bataille, ni combattant de la liberté, mais c’est à lui que l’on doit la culture de la vanille. Si vous êtes un tant soit peu gourmand, vous savez à quel point ce personnage est important. La légende locale a longtemps affirmé que sa découverte de la fécondation artificielle de la vanille lui valut son émancipation, Malheureusement, Albius n’eut pour salaire qu’une vie cabossée. Edmond est né en 1829, de parents esclaves. Orphelin de mère, sa propriétaire, puisqu’il est esclave, le confie à son frère Ferreol Bellier Beaumont. C’est un bourgeois érudit qui sans éduquer Edmond, le garde avec lui comme un « animal savant de compagnie ». Curieux et intelligent Edmond observe son maître, passionné de botanique, sur une île où tout pousse. On y introduit des plantes du monde entier, comme la vanille, cette orchidée venue d’Amérique latine. Mais elle est alors considérée comme une plante d’ornement. Elle ne livre des fruits qu’avec parcimonie, 10 gousses pour 100 plants. Par observation, Edmond a compris comment remplacer l’insecte ou l’oiseau pollinisateur, en mettant en contact les organes mâle et femelle de la fleur. Ferreol Bellier, son maître ne se prive pas de faire savoir cette découverte. Edmond est réclamé et exécute sur demande à travers l’île, l’opération délicate mais simple. Elle permet la production à grande échelle de la vanille. Non seulement Edmond ne fait pas fortune mais il n’obtient son affranchissement qu’avec l’abolition de l’esclavage en 1848. Edmond y gagne alors un nom, Albius, à la consonance très latine. Mais comme la plupart des esclaves affranchis il n’a pas été préparé à sa nouvelle liberté. Devenu aide-cuisinier, il échappe de justesse à une condamnation de cinq ans de travaux forcés pour un vol de bijoux. Il rejoint bientôt la vie des pauvres paysans réunionnais, accrochés aux flancs des montagnes, écrasés par les poids des redevances à payer. Si Edmond est pauvre, les producteurs de vanille eux s’enrichissent, remplaçant la canne à sucre concurrencée par la betterave à sucre européenne, par cette gousse miraculeuse. Avant la fin du XIXè siècle, l’île exporte des dizaines de tonnes de cette merveilleuse gousse. L’or noir se répand. L’épicier Ferdinand Etienne Hédiard en vend deux tonnes aux Parisiens en 1867, année de l’Exposition Universelle. Edmond Albius n’a rien gagné de sa découverte. Pire que cela on commence à remettre en cause la paternité de cette dernière. Certains refusent qu’un esclave, enfant, ait pu battre des scientifiques expérimentés. Certains naturalistes reconnaissants, comme Volsy Focard, essayent d’obtenir une redevance pour Albius de la part des planteurs, sans succès ! C’est dans la misère qu’Edmond Albius s’éteint en 1880, à l’âge de 51 ans. Et l’avanie continue même après sa disparition, au début du XXè siècle on écrira qu’Albius était un blanc... Il a fallu attendre les années 1980 pour que son nom soit lavé de tout soupçon, pour qu’un monument commémore sa mémoire, avec une inscription en latin, la langue des botanistes « Hic Vanillam Albius Fecundavit». Ici Albius a fécondé la vanille.

 

Cédric CABANNE

 

Les Mascareignes, des îles si différentes, si semblables…

 

Flash Culturel n°15 - Plein Cap Croisières Bien que les distances soient importantes entre les îles, et que par exemple, on n’a pas la même monnaie d’une île à l’autre, les iles des Mascareignes forment un archipel, c’est à dire que géographiquement, elles ont des liens, des points communs. Le principal est bien sur géologique. Elles sont toutes d’origine volcanique, nées du point chaud de la Réunion, alimentant encore le Piton de la Fournaise, le seul volcan actif de l’archipel. L’archipel, bien que de nos jours considéré, en particulier par l’OUA, comme une terre africaine, est isolé dans l’Océan Indien. L’île Maurice est distante de 170 km de la Réunion, elle même éloignée de plus de 700 km à l’Est de Madagascar. Autre point commun, elles sont désertes avant leur découverte par le Portugais Pedro de Mascarenhas, le 9 Février 1513, alors qu’il est en route vers Goa. Il a d’ailleurs peut-être eu un prédécesseur portugais, Diogo Dias, mais rien n’est moins certain et cela ne change pas grand chose. Car il faudrait plutôt parler de redécouverte. Ces terres ne sont pas inconnues, les portulans arabes du Moyen Age les signalent déjà. L’île Maurice serait alors nommée Dina Arobi. Il faut encore un siècle pour que ces terres commencent à intéresser les puissances européennes. Si les Anglais et les Hollandais les utilisent pour faire escale vers les Indes, ce sont les Français qui les colonisent au début du XVIIIè siècle. Alors commence une bien sombre période pour cet archipel, d’une part la colonisation par la Compagnie des Indes Orientales entraine le développement d’une économie de plantation. La Canne à sucre, le café, le poivre sont largement cultivés grâce à l’importation d’une main-d’oeuvre servile. Les esclaves achetés à Madagascar, aux Comores ou encore sur le continent africain permettent l’essor économique des îles. Loin de l’Europe, les Mascareignes vont subir aussi les conséquences de nos conflits, et en particulier les guerres franco-anglaises. L’île Bourbon, devenue Ile de la Réunion au cours de la Révolution (1793), rebaptisée Ile Bonaparte en 1806 est prise par les Anglais en 1810, comme l’Ile de France, mais à la différence de cette dernière, elle est restituée à la France à la fin des Guerres Napoléoniennes. Prise par les Britanniques, l’île de France devient Ile Maurice, ses habitants gardent alors leurs coutumes, et continuent à parler Français. De nos jours, la Réunion est un département d’outre mer, une terre peuplée de près de 900 000 habitants, bénéficiant d’importantes aides de Paris et de l’UE. L’ile Maurice, bien que plus petite que la Réunion est aujourd’hui peuplée de plus d’1,2 Million d’habitants. Elle est devenue indépendante en 1968, membre du Commonwealth mais également de la Francophonie. Malgré leurs reliefs fort différents, elles sont toutes les deux des destinations recherchées par les touristes européens, qui apprécient en plein hiver, la douceur de leur climat tropical.

 

Cédric CABANNE