Flash Culturel de votre Conférencier Cédric CABANNE


« Toutes les richesses du Nord de l’Espagne, dans le confort d’une croisière sur Rail »
Sommes nous en Espagne, celle que la plupart des gens connaissent ? Pas d'arènes, ni de corridas, encore moins de flamenco, pas d'oliviers dans les champs, très rarement des incendies !
De vertes vallées et de vertes montagnes, des côtés échancrées et des falaises dominant une mer parfois turquoise, parfois hachée de courtes lames blanches, une architecture où granit et ardoise se mêlent et, au fond du ciel, des nuages dentelés chassés par le vent d'ouest... le voyageur pourrait parfois se croire en Bretagne ou même en Irlande.
Surtout quand il aborde un port niché dans une crique et que l'odeur du cidre rivalise avec le son des cornemuses. Et puis, en quelques minutes, le retable d'une église baroque, l'odeur de l'ail frit qui va accompagner les fruits de mer sur une plancha déjà nappée d'huile d'olive, les hommes qui s'interpellent, quelques femmes tout de noir vêtues se glissant par la porte d'une église, les verres de vin blanc qui s'entrechoquent sur un comptoir, les bateaux colorés s'envolent vers le large, tout doute disparaît.

 





 

De Leon à Jacques de Saint Compostelle

 

Le Transcantabrico est une petite merveille. Ce train des voies étroites espagnoles, traduction littérale de la FEVE, une véritable condensé d’histoire, car depuis les années 1980, ce petit train a repris les voies tracées au début du siècle pour l’acheminement du charbon, du León, vers les ports de l’Atlantique.
Pour nous, comme un pèlerin, le train suivra sa route jusqu’à St Jacques de Compostelle, faisant escale plusieurs fois par jour pour nous permettre de profiter des splendeurs de l’Espagne verte.
Après chaque escale, on rejoint le confort de notre cabine, dotées de petits espaces de rangement et d’un cabinet de toilette parmi les plus modernes. Comme les cabines, les espaces communs ont été décoré avec soin, non dénué d’exotisme, ce qui nous fait voyager encore plus loin, vers des terres inconnues.

 

 

Le Pouce-pied, trésor menacé de Galice

 

Le pouce-pied ou pousse pied est peu connu en France, pourtant c’est une bestiole passionnante et en danger d’extinction. Mais ce n’est pas à cause des consommateurs français qu’il est de plus en plus braconné, jusque dans nos eaux bretonnes, mais pour satisfaire l’appétit de nos voisins d’outre Pyrénées. Ses colonies sont particulièrement pêchées en Galice où ce fruit de mer est consommé depuis des siècles. Pour le moment, même en jetant un coup d’œil à la photographie, vous ne savez pas vraiment de quoi il est question. La petite bête est un crustacé sessile, il est donc fixé un à rocher grâce à sa glande du ciment, et il est très exigeant quant à ses conditions de vie, courant, température de l’eau, positionnement entre les marées jouent sur son développement. Sa morphologie n’est pas des plus attrayante, c’est un pédoncule cylindrique long de 2 à 10 cm, recouvert d’une peau parcheminée, surmonté d’un capitulum plus ou moins triangulaire, portant des plaques irrégulières. De ce capitulum sort un panache de cirres. Ces cils semi rigides servent à filtrer l’eau pour ne garder que le plancton, l’animal est planctophage. La curieuse bête étant aussi un hermaphrodite, au demeurant sans cœur, elle possède des ovaires dans le pédoncule, et des testicules dans le capitulum. N’étant pas autofécond, le Pousse pied pond 2 à 3 fois dans l’année quelques 15000 œufs, fécondés par un autre pouce-pied. Doté d’un organe copulateur pouvant atteindre 10 cm, et vivant en colonie très dense, un autre pouce-pied est toujours...à proximité.
Espérance de vie 20 ans, fertile au bout de 5 années. Les jeunes larves grandissent le 1er mois à l’abri de la tête de l’adulte avant de prendre le large, et de risquer l’aventure pendant deux semaines. Puis il est grand temps de se fixer, et le meilleur endroit, est au pied d’un adulte. D’où la grande densité des colonies, poussant en grappe, progressant que très lentement, c’est un avantage pour éviter les agressions d’autres mollusques invasifs comme les moules, patelles et autres balanes. Ses principaux prédateurs sont les Goélands, les poissons de roches et les Espagnols. Ils en consomment quelques 2000 tonnes par an. Les côtes galiciennes sont loin de pouvoir répondre à cette demande qui fait monter les prix à près de 150 euros le kg, en particulier hors de la saison de pêche. D’autant que cette fringale a dévasté les zones facile d’accès, la pêche aux pouce-pieds est devenue très périlleuse, les pêcheurs ou percebeiros, sont devenus des varappeurs des falaises, accrochés dans le vide par des cordes. Ils arrachent à coup de burin et marteau, les crustacés au raz des vagues, d’une mer souvent déchainée, de 3 à 10 kg par jour et par homme, selon les quotas. Mais il y a beaucoup de déchets, une fois que l’on a retiré le caillou de fixation et tout le reste, il ne reste pas grand chose à se mettre sous la dent, par pouce-pied, c’est entre 2 à 4 g de chair, en fait le muscle du pédoncule. La cuisson doit être brève, dans un court bouillon parfumé, pour garder toutes les saveurs iodées de ce trésor galicien.

 

 

Universidad del labor de Gijon, vestige d’une autre Espagne

 

En dehors de Gijon, demeure un bâtiment hors du commun, le plus vaste des Asturies, et peut être d’Espagne. Il fut pensé pour accueillir 1000 orphelins. Et on a pensé grand. C’est à la fois un hommage à l’architecture passée, celle de Rome et d’Athènes, et celle du Baroque, le tout mise en scène par le grand architecte Luis Moya Blanco, mais c’est aussi une relique du Franquisme et de la vision de l’éducation du Caudillo. Après quelques années à l’abandon dans les années 1980, le site a bénéficié du boom économique espagnol. L’Universidad del Labor, sorte d’institut technique est de nos jours un centre polyvalent dédié à l’art et à la culture. Et c’est un outil formidable. Mais c’est un drame qui lui a donné la vie, la disparition de nombreux mineurs en 1946 à la suite d’un éboulement.
Les orphelins à la charge de l’Etat espagnol devaient être éduqués, il fallait leur donner un métier. 10 années furent nécessaires, entre 1946 et 1956, la réquisition de près de 300 000 m2, la mobilisation des meilleurs ingénieurs, techniciens et artistes espagnols pour construire cet orphelinat. L’enseignement et la direction de cet établissement furent confiés à la Compagnie de Jésus, les fameux Jésuites. L’intendance revint aux sœurs des pauvres de Santa Clara, les Clarisses. Il fut un temps l’établissement secondaire le plus important de la monarchie espagnole, avec près de 3000 élèves. Luis Moya Blanco a eu recours à l’Historicisme, la cour principale avec ses dimensions gigantesques rappelle la place St Marc de Venise, l’Eglise a un plan elliptique, la tour est un écho de celle de Séville. Mais comme pour entrer au Parthénon, il faut contourner la bâtisse, il faut l’observer, la respecter, c’est ainsi que l’on pénètre au cœur de l’Universidad del Labor. Puis on passe une petite cour, aux chapiteaux corinthiens, récemment couverte d’une verrière pour accueillir les visiteurs actuels. Quant à la place principale, elle donne accès aux trois monuments clés de ce complexe de 130000 m2. L‘Eglise, de plus de 800 m2, est le plus vaste monument elliptique du monde. Surmontée d’une coupole de brique sans colonne de soutien, elle parvient à s’élever à plus de 20 m de hauteur, pour une masse dépassant les 2300 T. Cette église ne fut jamais achevée mais les matériaux qui la composent sont parmi les plus nobles, sculptures de saints à l’extérieure en marbre comme le sol de l’église, colonnes de granite rose, bancs en bois rare de Guinée Equatoriale. Le théâtre, grâce une ventilation souterraine fut le 1er théâtre européen climatisé. Il peut accueillir 1500 spectateurs, dans un confort remarquable avec une acoustique exceptionnelle. Là encore on a copié celle de l’antiquité grâce à des matériaux idéaux pour la propagation naturelle de la voix. Enfin la tour avec ses 130 mètres est inspirée de la Giralda andalouse, mais elle a un ascenseur, ce qui fait d’elle une tour d’observation unique dans la région. Les Jésuites sont partis en 1978, puis les élèves quelques années plus tard. L’Universidad del labor n’est plus la cité idéale, isolée du monde. Elle est de nos jours le point de convergences d’animations culturelles, de manifestations artistiques. On y enseigne la musique, les arts dramatiques, mais aussi le commerce et le tourisme. La radio et télévision des Asturies y résident, comme des entreprises privées. Mais la mutation n’est pas encore achevée. On pensait y ouvrir un hôtel 5 étoiles, c’est encore un rêve.

 

 

Casa de los Botines, León

 

L’architecte catalan Antoni Gaudí a peu produit à l’extérieur de Barcelone et de sa région, mais il a quand même laissé trois monuments en dehors de la Catalogne, deux de ces monuments sont dans la région du León, et l’un d’entre eux, la casa de los Botines est à León même. La commande lui arrive grâce à son ami et mécène le comte Eusebi Güell, il est en affaire avec les commerçants du textile du León. Et si Antoni Gaudí accepte la commande en 1891 et livre rapidement les plans, c’est parce qu’il travaille à proximité sur le palais épiscopal d’Astorga. D’ailleurs les deux monuments ont une identité commune, ils sont tous les deux fortement inspiré par l’architecture médiévale. Il faut seulement dix mois pour construire cet imposant immeuble que l’on qualifie de nos jours de moderniste d’aspect médiéval. Une construction qu’ Antoni Gaudí n’a pas surveillé que d’assez loin, tant il était déjà accaparé par la construction d’un collège et de la fameuse Sagrada Familia. L'activité commerciale se déroulait aux étages inférieurs, tandis que les étages supérieurs servaient d'habitations. La modernité d’Antoni Gaudí ne se lit pas forcement dans le style, mais souvent dans la structure du bâtiment. Ici, Antoni Gaudí a évité d’utiliser des colonnes d’appui massives, mais il a eu recourt dans les étages inférieurs a une ossature métallique légère, alors que dans les étages supérieurs, ces sont les murs qui portent les forces de l’édifice.
À chaque angle des quatre façades, recouvertes de pierre grise locale, a été ajouté une tour circulaire surmontée d’un toit conique. Les fenêtres néogothiques sont plus larges en descendant vers les étages inférieurs, assurant ainsi une meilleure luminosité vers le bas de l’immeuble. Les lucarnes du toit amènent dans les étages supérieurs la lumière du soleil, ainsi que 6 cours intérieures.
Sur la façade principale, se trouve le porche d’entrée, conçu comme le pont-levis au dessus du fossé, ici imaginaire, symbolisé par une barrière de fer forgé. Au dessus du porche d’entrée, Saint Georges tue le dragon. Cette statue a repris sa place lors de la restauration des années 90, un tube de plomb inséré à l’origine dans la statue a donné des informations jusqu’alors ignorées. Les précédents propriétaires des lieux ayant modifié dès les années 30 certains aspects du bâtiments qu’ils jugeaient excessifs ou inutiles. En fait comme à Barcelone, les œuvres de Antoni Gaudí n’ont pas toujours fait l’unanimité. Ce que l’on qualifie de génial de nos jours, fut d’abord méprisé. A León, on craignait surtout que le bâtiment ne s’effondre sur ses locataires. Mais il est toujours là, déclaré monument historique en 1969, il est plus récemment devenu le siège social de la Caja España.

 

 

La Villa Romaine de la Olmeda

 

Javiez Cortes, paysan de la Palencia a trouvé, par hasard, sur ses terres le site archéologique de la Olmeda, c’était à la fin des années 1960. Il en fit don à la région de Palencia en 1980. Dès lors les fouilles scientifiques, les travaux de préservation et les visites furent organisés. Le site fut doté de plusieurs centres d’accueil, la dernière mouture date de 2009. C’est dans un cadre très moderne qu’est aujourd’hui conservé un patrimoine exceptionnel, celui d’une villa romaine du IVème siècle.
Ce site est encore plus ancien, car au IVème siècle, le propriétaire ne fait que reconstruire une habitation, l’utilisation du site change, la maison est déplacée et surtout plus vaste que la précédente. Habitation d’un riche propriétaire terrien, la Olmeda se divise en deux zones bien distinctes. A l’Ouest on trouve la partie résidentielle alors qu’à l’Est, la villa possède un ensemble de thermes privés, couvrant une superficie de plus de 1000 M2, soit 1/4 de la villa. Une si vaste propriété, d’une trentaine de pièces, ne peut se concevoir sans domesticité, des pièces leur étaient aussi attribuées, à cela il faut ajouter des magasins, des zones de travail.
Bien qu’elle soit une grandiose villa, on retrouve à la Olmeda les habituelles pièces de l’habitat romain. C’est une maison à péristyle, jardin intérieur si méditerranéen, distribuant l’accès aux pièces qui l’entourent, pour la plupart des chambres. deux triclinium, un second étage accessible par au moins 2 escaliers.
La Olmeda doit sa renommée à la vaste mosaïque dit de l’Oecus. Un tapis de tesselles de 175m2, à la composition élaborée et figurative, ayant bien résisté aux assauts des siècles. La partie basse est une scène de chasse dynamique, ou plutôt sept tableaux, dont l’un d’eux évoque la chasse d’un sanglier par une meute de chien. La partie centrale est dédiée à un récit mythologique, la visite d’Ulysse sur l'île de Skyros. Il trouve là Achille déguisé en femme et lui montre le chemin de Troie, une scène émouvante où les filles du roi Lycomède tentent de le détourner de son destin.
Une troisième composition achève cette mosaïque, c’est un frise, elle est en fait l’élément le plus singulier. On y trouve des médaillons ovales, pendant des ailes de canards, dont les queues se transforment en dauphin. Ces médaillons portent des visages d’hommes et de femmes, des personnages jeunes, des enfants. Il s’agit d’une galerie de portraits, ceux de la famille du maitre des lieux, un témoignage exceptionnel.

 

 

Les Grottes d’Altamira

 

Les grottes d’Altamira, découvertes par Marcelino Sanz de Sautuola en 1879, sont situées sur une des collines à proximité du village de Santillana del mar.
Cette découverte déclencha une vive polémique parmi les spécialistes de l’art rupestre, certains refusant d’imaginer une telle perfection émanant d’hommes préhistoriques.

La chambre principale est appelée la chambre polychrome, ou Chapelle Sixtine du Quaternaire. A son plafond, on a compté près d’une centaine d’animaux et d’autres signes. Ce sont principalement des bisons, avec d’autres animaux comme des cerfs, des chevaux, des sangliers, des buffles. Parfois superposés, réalisés grâce différentes techniques, comme la gravure, la peinture, ou encore le dessin, dans une superbe composition, très dynamique, plein de mouvements et de beauté, c’est une facette unique du Paléolithique. Ces peintures furent peintes voila 14000 ans, L’artiste a incorporé les fissures et les reliefs naturels de la roche, pour créer les figures des animaux et les représenter ainsi dans différentes attitudes, couchés, aux aguets, bramant, avec la tête tournée, au galop.
Près de la grotte originale, se trouve un musée et un centre de recherche. Les grottes d’Altamira ont été reconnus comme patrimoine protégé de l’Unesco, donc la visite a été limité à 9000 visiteurs par an, pour protéger les peintures des dégâts provoqués par la respiration et la température corporelle des visiteurs.
Pour tenter de répondre à cette limitation de l’accès, on a construit une copie parfaite des grottes, avec un souci des détails et une qualité pouvant satisfaire l’intérêt et la curiosité des milliers de touristes venant à Santillana chaque année.